La banque du futur

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La banque moderne a échoué dans sa “mission” naturelle : réaliser un processus efficace d’intermédiation monétaire et de crédit au bénéfice de l’économie, en présence de coûts décroissants, de solvabilité économico-financière et de stabilité du capital, après avoir assuré une juste rémunération des facteurs utilisés (Greenwald B.C- Stiglitz J.E., 2003).

Cette dernière condition exige la réalisation d’un taux de profit corrélé aux risques assumés, mais aussi une rémunération apportée aux dépôts, en termes d’intérêts, qui soit adéquate au regard des caractéristiques effectives du risque de liquidité découlant de la nature des processus menés.

Aujourd’hui, ce principe est largement méconnu en raison de la recherche de profits croissants au profit des gestionnaires et des actionnaires (Miller M.H.- Scholes M.S., 1979 ; Ghosh C.- Woolridge R.J., 1988), avec l’annulation substantielle de la rémunération versée sur une grande partie des dépôts bancaires, principalement sur les comptes courants ; en dépit du fait que ces dépôts sont normalement soumis à des risques considérables, en raison du risque global de gestion qui augmente généralement du fait de l'”autoréférence” substantielle de la gestion bancaire.

Les causes de cette situation indésirable sont nombreuses, bien qu’elles puissent être résumées dans les brefs arguments suivants :

  • La prévalence dans l’économie de la finance due à la domination du capital sous toutes ses manifestations, essentiellement de nature technique et financière ;
  • D’où l’absorption de la plus grande part de la richesse produite, en termes de bénéfices – intérêts et rentes financières (voir Piketty Th.,2013) ;
  • La présence sur les marchés financiers de fortes asymétries en matière d’information à l’avantage des opérateurs financiers, qui compromettent la capacité de l’investisseur à évaluer correctement la nature des actifs financiers en termes de risque-rendement-liquidité (Akerlof J.E.- Shiller R.J.,2016) ;
  • La négociation de prix cotés “non économiques”, c’est-à-dire non liés aux quantités économiques sous-jacentes (Warner J.E.,1977 ; Lanchester J.,2009 ; Soros G.,2009), en raison de la tentative récurrente des opérateurs financiers en position d’avantage informationnel de modifier la tarification correcte (Kock T. W ;,1992 ; Grossman S.J.- Stiglitz J.E.,1980). Il en résulte des crises de marché inévitables et récurrentes avec le braconnage des capitaux des petits investisseurs et le transfert de grandes parts de la richesse vers le grand capital financier (Shiller R.J.,1999) ;
  • Les banques commerciales traditionnelles profitent de cette situation indésirable n imposant une forte prédominance contractuelle vis-à-vis des clients ordinaires, ce qui se traduit par le paiement de prix (non économiques) plus élevés que prévu sur les services fournis, de nature monétaire et financière, ainsi que sur le niveau des taux d’intérêt négociés (Akerlof G.A.,1970 ; Grossman S.J.-Stiglitz J.E.,1980) ;
  • En outre, ces dernières années, les établissements de crédit ont adopté des orientations managériales tout à fait indésirables, préférant courir après les profits des transactions sur les marchés financiers plutôt que d’assurer l’offre d’un stock de crédit suffisant aux ménages et aux entreprises, adoptant trop souvent les attitudes typiques du “risque moral” (Cornish E.- Fisher R.,1937 ; Diebold F.- Hickman A.- Inoue A.- Schnerman J.,1977) ;
  • Il en est résulté une forte incertitude en matière de crédit à l’économie, tant pour l’utilisation de techniques de scoring dans l’évaluation de la solvabilité des emprunteurs (Gupton G.M.- Gaates D.- Carty L.V.,2000 ; Hall C., 2002) que pour le recours excessif à la demande de garanties patrimoniales (Plant S.E.,1985 ; Chan Y.S.- Kanates G.,1985) ;
  • Les banques centrales, au lieu de décourager de telles attitudes managériales en censurant des choix stratégiques qui pénalisent le soutien de l’Économie des Nations, tolèrent en fait de telles politiques pour un concept mal compris de “risque” et de stabilité patrimoniale des banques traditionnelles, qui ne peut être assuré que par une cohérence adéquate et congruente du capital immobilier. D’autre part, le lecteur ne doit pas sous-estimer le fait que les banques centrales modernes ont pour principal objectif de soutenir et de protéger les intérêts du grand capital financier et de la finance dite apatride.

La sauvegarde de l’objectif de profit des banques commerciales ne doit donc pas impliquer le sacrifice de l’intérêt public, puisque les profils de commodité des ” share-holders ” (actionnaires et gestionnaires) ne doivent pas prévaloir ; au contraire, il doit en résulter une maximisation de l’avantage collectif, consistant en l’optimisation du stock de prêts accordés, tant pour la capacité de crédit (solvabilité) des emprunteurs (Sobehart J.- Keenar S.,2004 ; Kupiec P.H.,1995 ; Macey J.R.,1998) que pour les prix négociés limités (taux d’intérêt), ainsi que pour une prestation efficace de la fonction monétaire à des coûts décroissants et la disposition de services bancaires d’investissement qualifiés pour les entreprises et des services de courtage pour les ménages (gestion professionnelle de patrimoine).

La performance de la fonction d’investissement (financement de titres), à travers la négociation d’actifs financiers cotés, ne doit pas dépasser les limites d’une contribution correcte à l’atténuation des risques globaux assumés, tout d’abord celui monétaire-financier, lié à l’écart de maturité entre les actifs et passifs financiers dans le bilan, qui caractérise la structure actif-financier (Weissman R.,1951 ; Matten C.,2000) ; dans ces scénarios, la performance de la fonction de crédit typique (prêts aux entreprises et aux  ménages) doit être absolument centrale.

Le dépassement de cet objectif témoigne de la présence de politiques visant à maximiser les revenus à court terme, par le biais de la finance spéculative, faussant ainsi la mission traditionnelle des établissements de crédit.

Cela augmente considérablement le risque de la gestion, avec une accentuation de l’instabilité liée à la solvabilité économique et patrimoniale en raison des risques substantiels qui sont inévitablement transférés sur les dépôts, avec une grave trahison de la confiance accordée par les déposants et une violation du principe de protection de l’épargne publique.

D’autre part, la tentative récurrente de vendre au guichet des produits financiers de diverses natures, même non conditionnés sur place, dans le but d’obtenir des revenus autres que les intérêts et liés à la simple activité de “distribution” de produits qui ne sont pas directement développés, pose les conditions de l’émergence de positions de conflit d’intérêts entre l’intermédiaire et le public, puisque la banque se montre insensible aux intérêts réels de l’épargnant-client, plaçant le profit au centre de sa propre attention égoïste.

Dans de tels scénarios, les politiques de vigilance qui sont souvent déséquilibrées au profit de processus de concentration étendus du système bancaire, en préférant la structure juridique d’une société anonyme doivent être reconsidérées.

Toutefois, ceci s’oppose à la satisfaction des intérêts premiers de la communauté et du large éventail de ” stake-holders “, ainsi qu’à une vérification correcte des actions de son management afin qu’elles soient conduites dans le respect de l’intérêt public inhérent, en raison de la présence d’asymétries importantes de supervision entre le public et la banque au profit de cette dernière.

En outre, l’expérience nous a appris que la grande taille encourage les dirigeants à adopter des attitudes typiques de risque moral, contribuant ainsi à la formation de crises financières graves qui se répercutent sur le montant de l’épargne publique, alors que les intérêts des banques sont normalement sauvegardés par les interventions de sauvetage des autorités publiques, grâce à l’utilisation de l’argent des contribuables.

Ce phénomène est accentué en raison de la pratique indésirable mais consolidée d’octroi de primes substantielles aux dirigeants, le plus souvent sous forme de stock options, qui incitent à la prise de risques croissants dans le seul but de réaliser des bénéfices à court terme pouvant se refléter dans la valeur des actions, en s’appuyant sur l’aide de “l’argent public” en cas de crise de stabilité de l’institution (McDonald L.- Robinson P.,2009 ; Reinhart C.-Rogoff K.,2010).

A cet égard, une partie de la littérature dénonce un grave décalage des intérêts de la collectivité par rapport aux intérêts dominants des dirigeants (incitations perverses), qui entrent en conflit même avec ceux (les intérêts) des actionnaires (Stiglitz J.E. et autres).

Et en fait, la grande taille est à l’origine d’une situation indésirable d’asymétrie de surveillance (Warner J.E.,1977 ; Lanchester J.,2009 ; Soros G.,2009), représentant un soutien indirect à l’adoption d’attitudes de risque moral, encouragées par le phénomène bien connu du “too big to fail” (Reinhart C.- Rogoff K.,2010).  D’autre part, les conditions sont réunies pour une domination croissante du marché, avec des avantages en termes de prix, modifiant la tarification correcte et annulant les conditions de concurrence entre les opérateurs.

L’ensemble de la structure organisationnelle des banques commerciales devrait donc être reconsidéré, principalement en ce qui concerne les caractéristiques fonctionnelles suivantes :

  1. Un processus de production centré sur l’exercice de la fonction monétaire et de crédit ;
  2. L’exclusion de toutes les activités de financement des valeurs mobilières à des fins spéculatives, avec interdiction d’acheter des actions à des fins de négociation et des instruments financiers dérivés ;
  3. Le développement de services à haute valeur ajoutée pour les entreprises et les ménages ;
  4. L’augmentation du degré de capitalisation considéré comme minimum, avec exclusion du capital de surveillance des instruments dits “hybrides” (Tobin J.,1963), se référant à des passifs ayant la nature de dettes.
  5. Le relèvement du ratio de solvabilité minimum ; il faudra bien sûr introduire des mécanismes d'”élasticité” dans l’application de la règle, afin d’éviter les effets “procycliques” des limites de capital, responsables d’un frein supplémentaire à l’expansion du stock de crédit en cas de ralentissement économique (Yellen J.L.,2014 ; 2015 ; Masera R.S.,2017) ;
  6. L’introduction de paramètres d’évaluation des entreprises non axés sur la rentabilité de la gestion, tels que le FQS (facteur de qualité sociale) ; (voir Yerushalmi D., The Global Review, 2019) ;
  7. La réorganisation de l’activité de surveillance qui, tout d’abord, exclut la taille pertinente pour la société bancaire, et qui accorde la plus grande attention au fait que les conditions de fonctionnement du marché sont réalisées dans le plein respect des principes d’une saine compétitivité, afin que la gestion des intermédiaires individuels réponde aux critères de satisfaction de l’intérêt public et d’une saine gestion d’entreprise (Kimball K.C.- 1997 ; Kaplan R.S.- Norton D.P.,2001).

Dans ces scénarios modifiés, le guichet bancaire peut subir une transformation organisationnelle radicale, et passant du statut de point de vente de produits et services financiers, il peut prendre la structure d’un “laboratoire économico-financier”, dans lequel seront élaborés des jugements de convenance corrects sur l’état de santé des entreprises clientes, identifiant les besoins financiers réels en termes de financement et de services de diverses natures. 

Ce n’est que de cette manière qu’il sera possible d’assurer la satisfaction de l’important intérêt collectif dans les activités bancaires, avec des avantages pour l’économie, le système financier et le public en général, et la protection conséquente de l’épargne de la Nation.

About Author

alias Prof. Luigi Moreno Panzone. Né à Cerratina di Pianella - Pescara - le 15.09.1957, de Cosetta Maria et Lelio Edmondo. En 1979, il obtient le diplôme de Pianiste, sous la direction avisée de Maestro Luciano Cerroni. En 1982, il obtient un diplôme en économie et commerce avec une note de 110 sur 110 avec mention. En 1983, il rejoint l'Université G. D'Annunzio en tant que chercheur permanent. En 1987, il rejoint la même université en tant que professeur titulaire du IIe niveau, dans le groupe de disciplines "techniques bancaires et professionnelles" en charge de la même chaire. De 1988 à 2005, il occupe le poste de directeur général de plusieurs grandes institutions financières et bancaires. De 1990 à 2000, il occupe le poste de contrôleur légal des comptes dans divers établissements bancaires. Il est l'auteur de plusieurs publications dans les domaines de l'économie des intermédiaires financiers et de la finance d'entreprise et de marché. En 2017, il co-fonde la revue scientifique The Global Review, dans laquelle il signe sous le pseudonyme de Moreno Pierangeli, en honneur et en mémoire de sa mère qui est décédée subitement à la même période. Il occupe actuellement le poste de vice-président de l'OIDE - Organisation internationale des investissements économiques, dotée de la personnalité juridique internationale.

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