Une nouvelle économie est nécessaire fondée sur les droits de la classe ouvrière

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Les économies modernes se caractérisent par une forte inégalité dans la répartition des richesses.

Quelles en sont les causes principales et les remèdes possibles ?

L’avènement de la révolution industrielle a donné l’espoir à des générations entières de surmonter la pauvreté économique qui les opprimait.

Quels sont les résultats du progrès technique et de la production capitaliste ?

Très décevant. Même encore aujourd’hui, la majorité de la population mondiale ne dispose toujours pas de ressources suffisantes pour assurer un niveau de vie digne. Des millions de personnes vivent dans une pauvreté absolue en raison d’un manque de nourriture et d’eau salubre, tandis qu’un très petit groupe d’individus a accumulé d’énormes richesses, bien au-delà de leurs propres besoins vitaux et de leur bien-être personnel et de ceux du groupe auquel ils appartiennent.

Il semble donc nécessaire de repenser le contenu des politiques économiques actuelles élaborées et conduites par les gouvernements de la Planète, afin de pouvoir enfin surmonter la grave situation d’inégalité dans la répartition des richesses.

Systèmes de production modernes.

Qu’est-ce qui distingue l’économie du XXIe siècle de celle du XVIIIe siècle ?

Le travail en usine. Au XVIIIe siècle, le « producteur » (agriculteur-artisan-travailleur en général) n’était pas séparé du fruit de son propre travail, le produit, sous forme de biens et de services.

Le travailleur normalement échangeait les biens obtenus contre d’autres avantages économiques, après avoir assuré l’autoconsommation des quantités nécessaires à sa survie.

Il s’agissait donc d’une économie fondée sur le troc. La circulation de la monnaie se rapportait essentiellement aux achats et aux dépenses de l’État, qui payait les services reçus avec de la monnaie sous forme de métal (souvent précieux) ou sous forme de dettes à vue (billets), immédiatement remboursables en métaux précieux sur demande (monnaie convertible). La monnaie de circulation a donc assumé la qualité d’être convertible en un autre actif, doté de sa propre valeur.

Avec l’avancement du progrès technique et la naissance de la machine à vapeur, s’est déterminée la possibilité de multiplier les capacités de production de l’homme. En parallèle, le développement des activités marchandes avait généré une forte accumulation de capital entre les mains de quelques uns : ce sont les premiers « propriétaires » d’usines modernes, de lieux à forte concentration de machines, d’équipements et d’installations, ainsi que d’ouvriers capables de produire des quantités considérables de marchandises. Dans ce cas, cependant, le travailleur (le véritable producteur) est séparé du produit qui appartient désormais au propriétaire-entrepreneur-capitaliste. Celui-ci vend ces marchandises sur les marchés, décide du prix et des quantités à produire, et verse un salaire aux producteurs ouvriers. Cependant, le salaire n’est pas déterminé sur la base des besoins économiques réels des travailleurs, mais sur la base de la commodité des capitalistes poursuivant l’objectif de profit maximal.

De cette façon, les classes ouvrières deviennent prisonnières du salaire, reçu sous forme monétaire, pour assurer leur survie. Et de fait, ayant perdu le lien avec le produit, elles doivent recevoir un revenu sous forme de monnaie pour acquérir les biens nécessaires à leur subsistance. La classe des prolétaires est donc née. Une classe de travailleurs ne possédant que leur propre « progéniture » ainsi que leurs compétences professionnelles, une masse de dépossédés qui, après avoir abandonné la campagne et les centres ruraux dans le mirage du travail à l’usine, se retrouvent « prisonniers » d’un emploi dont le revenu en général n’est pas suffisant pour une subsistance digne de la famille.

Cette situation regrettable découle du fait que le niveau des salaires est déterminé de manière autonome par l’entrepreneur-propriétaire et n’est pas lié au produit, c’est-à-dire à la productivité du travail, en ce sens que le capitaliste s’approprie la plus grande part de la valeur sous forme de profit, ne laissant que des « miettes » aux travailleurs.

Cet état de choses est encore largement répandu aujourd’hui dans la plupart des nations de la planète et, par conséquent, la plus grande partie de la population mondiale vit dans des conditions économiques précaires ou dans une pauvreté absolue. Nombreux sont ceux qui justifient cet état de fait en soulignant la responsabilité des gouvernements, qui ne sont pas capables de déterminer les conditions de la création de l’usine dans de nombreuses régions de la planète. La vérité est que la manière dont la production capitaliste est produite ne garantit pas la diffusion de la prospérité parmi toutes les couches de la population, puisque le propriétaire-entrepreneur est toujours en mesure de déterminer le niveau du salaire de manière indépendante sans aucun lien avec la quantité de produit et son prix. Preuve en est la situation des travailleurs dans les pays dits en développement, dont la Chine. Le lecteur est bien conscient que le salaire horaire d’un travailleur chinois n’est pas de nature à garantir un niveau de vie décent, à tel point que la production est en grand partie exportée en raison de l’absence d’un niveau suffisant de demande intérieure.

 L’inégalité dans la répartition des richesses.

De la production capitaliste (travail d’usine) dérive un double conditionnement puissant pour les classes ouvrières : la dépendance au « lieu de travail » et celle à la perception d’un salaire d’une valeur monétaire de nature à assurer la survie.

Les économies modernes, en effet, se définissent comme « monétaires et de crédit » parce qu’aucun processus de consommation ou de production ne peut être réalisé sans la disponibilité préalable d’un stock de monnaie suffisant, dont la taille doit être corrélée avec le niveau des prix : c’est-à-dire avec le taux d’inflation.

Dans le monde contemporain, la monnaie légale (billets) n’assume plus la qualité d’être convertible en un autre actif (valeur intrinsèque), mais est déclarée non convertible à un cours forcé, circulant donc sous la Loi de l’État. Ainsi, sa valeur est liée au pouvoir d’achat exprimé par rapport au niveau des prix : c.-à-d. prix plus élevés = moins de biens disponibles, en revenu monétaire constant. Donc en général, les revenus des classes ouvrières ne sont souvent pas d’un niveau suffisant pour assurer un niveau de vie décent et, plus regrettable encore, les systèmes productifs capitalistes modernes se sont révélés incapables de garantir un emploi à tous, ou plutôt d’éliminer le taux de chômage chronique qui caractérise l’économie des principaux pays du monde.

D’où viennent ces graves inégalités qui sont à l’origine d’une pauvreté généralisée et des différences importantes dans la répartition des revenus ?

De la suprématie du capital, qui, étant « propriétaire » de l’usine :

  • est placé dans la condition d’appropriation du « produit » fruit du travail des masses ;
  • définit de manière complètement arbitraire le niveau de rémunération horaire sans aucun lien avec le montant de la valeur incrémentale (revenu) ou avec les niveaux de productivité du travail ; et
  • détermine les prix en fonction de ses objectifs de profit.

Le lecteur comprend alors que ces trois conjonctures jettent les bases d’une situation où la possibilité d’une relation adéquate entre le niveau monétaire du salaire et celui des prix (inflation) n’existe pas toujours. La capacité de dépense des familles dépend de ce rapport et par conséquent le niveau du « salaire réel ».

 Les mesures à prendre pour résoudre cette situation

Il est donc nécessaire que les gouvernements des nations assument la responsabilité de cet état de fait, en élaborant des politiques économiques, fiscales et budgétaires appropriées capables de soutenir le développement de l’économie des masses, qui est principalement attribuable au niveau des revenus réels dont disposent les ménages (salaires par rapport aux niveaux de prix).

Il est clair qu’un gouvernement éclairé doit s’occuper :

  • de réformer la législation sur les entreprises et le commerce en général, afin de supprimer les circonstances typiques de la domination capitaliste sur le travail en usine. Ces circonstances sont les bases :
    • d’une grave inégalité dans la répartition des revenus et
    • d’une « inattention » substantielle des pouvoirs publics à l’égard du processus de formation des prix dans l’économie de la production, c’est-à-dire des entreprises, et dont le niveau est totalement déterminant pour la capacité du salaire monétaire en matière de dépense globale.

En d’autres termes, l’opinion dominante se réfère à la politique monétaire comme à la responsabilité de réguler le processus d’évolution des prix (inflation) qui, cependant, suit une trajectoire « douloureuse » pour atteindre ses objectifs, celle d’une hausse générale du chômage due à l’augmentation des taux d’intérêt et aux restrictions de crédit qui y sont associées, avec des effets négatifs inévitables sur la production, les revenus et les niveaux de consommation.

D’autre part, il conviendrait d’envisager une éventuelle régulation des prix tout au long de la chaîne de production, principalement dans les contextes caractérisés par la dominance de l’offre (producteurs). La législation du travail est également nécessaire pour assurer un niveau minimal de salaire horaire (salaire minimum), déterminé de telle sorte que le « revenu réel » soit plus élevé que le niveau de subsistance économique. Cette pratique jette les bases de la formation de l’épargne pour toutes les familles, condition préalable à une véritable diffusion du bien-être économique parmi les masses.

Il est également clair qu’en présence de certains taux d’inflation, il sera nécessaire de veiller à ce que les salaires soient ajustés de manière à assurer la même capacité de dépenser qu’auparavant.

De plus, il est essentiel de mettre en place des mécanismes équitables de répartition de la croissance de la richesse résultant du développement économique, entre le capital (bénéfices) et le travail (salaires), pour que cette croissance profite à tous les citoyens, et non comme elle l’est actuellement. Il y a en effet une inégalité croissante dans la répartition des revenus, la majeure partie de la valeur incrémentale étant absorbée par le capital (voir à cet égard un ouvrage intéressant de Thomas Piketty, publié en 2013 par Éditions du Seuil, intitulé Il Capitale – en français Le Capital au XXIe siècle).

Si l’on considère que le modèle de développement économique qui prévaut dans la plupart des pays est basé sur l’augmentation de la productivité du travail due à la croissance des intrants technologiques (facteur technique), une « vérité amère » devient encore plus claire :

  • le capital s’approprie une part croissante de la production (valeur), résultat du travail de la masse salariale ;
  • il exacerbe le problème de l’absorption insuffisante de la main-d’œuvre disponible, l’augmentation de la production étant le résultat d’une croissance du facteur technologique (productivité-économie) plutôt d’un plus grand nombre de salariés.

Si les gouvernements sont capables de faire face et de résoudre ces problèmes des systèmes productifs modernes, la Nouvelle Économie pourra enfin apparaître assurant le bien-être économique de chaque individu des peuples de la planète.

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Tout d’abord un chercheur et ensuite professeur de finance et de banque dans plusieurs universités italiennes. Gestionnaire de divers établissements de crédit et sociétés financières, il étudie et effectue des recherches actuellement entre Israël et l’Europe.

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